Paris : Fulcanelli et les amis d'Hippolyte Ebrard

L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal.

Entre les deux guerres mondiales, Hippolyte Ebrard garde des contacts amicaux à Paris. Principalement Hector Ghilini et Serge Voronoff.

La propre famille d'Hippolyte s'amuse de ces relations jugées farfelues, en particulier "l'homme qui se fit des bijoux de famille en or en greffant des testicules de singe à ses congénères !"... Une pratique que notre Hippolyte aura bien du mal à faire prendre au sérieux.

Voyons cela de plus près :

Hector Ghilini, journaliste (L'Illustration, L'intransigeant...) et écrivain, est le meilleur ami d'Ebrard, dont il préface le roman "La Grande Espérance" en des termes très chaleureux : "Je me souviens du jour, de l'endroit, du temps. Il faisait gris et froid ; c'était au bois de Boulogne. Nous marchions d'un pas leste, mon ami Ebrard et moi, le long du Lac supérieur.../... Je remercie mon ami Ebrard de m'avoir donné l'occasion de vivre cette aventure en sa compagnie".

L'homme qui "greffe des testicules de singe" est facile à identifier : il s'agit d'un ami commun d'Hippolyte et d'Hector Ghilini. Ce dernier lui a d'ailleurs consacré un livre, paru en 1926, année d'édition du Mystère des Cathédrales de Fulcanelli : Le Secret du docteur Voronoff. D'entrée de jeu, le ton est là encore amical : "Ce livre est dédié au docteur Serge Voronoff, en témoignage d'affectueuse admiration" peut-on lire en préambule.

Le livre de Ghilini n'est pas un roman, mais l'exposé enthousiaste des travaux du docteur Voronoff, éminent chirurgien membre du collège de France. Spécialiste de la transplantation d'organes, il mène une carrière brillante jusqu'au scandale que provoque en 1922 sa communication au congrès de chirurgie : Voronnof affirme pouvoir rajeunir des hommes en greffant des testicules de singe ! On trouvera un exemple ci-dessous, extrait du livre de Ghilini.  Dans la communauté scientifique, le scepticisme est de rigueur. Mais plus de 400 interventions chirurgicales seront menées à bien par les équipes du bon docteur.


Avant... Après la greffe !

Revenons à Hippolyte : un point commun réunit les deux amis : leur intérêt pour la Rose-Croix et les sociétés ésotériques du début du XXe siècle.  Geneviève Dubois nous renseigne dans son "Fulcanelli Dévoilé" (Dervy, 1996) : Voronoff fait partie du groupe "La revue Cosmique", d'inspiration martiniste (et donc Rose-Croix). Mais il y a mieux : la seconde épouse de Voronoff, nous apprend l'excellent blog d'Archer, Marguerite, est une initiée de l'ordre rosicrucien de l'Aube Dorée, et s'intéresse à l'alchimie.

Mais c'est surtout la première femme de Voronnoff qui retient notre attention : il s'agit de la chimiste et alchimiste Louise Barbe, que les amateurs d'alchimie connaissent bien. Eugène Canseliet, unique disciple de Fulcanelli, publie dans la seconde édition de ses "Deux logis alchimiques" (Pauvert) une photographie (ci-dessous) ainsi que le portrait peint par Julien Champagne, illustrateur du maître.

Le docteur Voronoff semble avoir modérément apprécié de découvrir sa femme posant nue pour Champagne ! La suite nous est contée par Geneviève Dubois (op. cité) :

'Louise Barbe est la première femme du Docteur Voronoff que Champagne, d'après Robert Ambelain, berna magistralement. Le peintre était un farceur et un bon vivant. Il  avait fait croire à Serge Voronoff9 qu'il avait la  chrysopée (la pierre philosophale) et pour appuyer ses dires, lui avait montré sa carte d'identité qui lui donnait, en regard de son aspect physique étonnamment jeune, un âge canonique. En fait, c'était celle de son père qu'il avait trafiquée, car il était extrêmement habile."

Selon certaines sources qui restent à confirmer, Louise Barbe serait la fille de Ferdinand de Lesseps, le père du canal de Suez, dont la famille recevait Fulcanelli, Champagne et Canseliet. Quoiqu'il en soit, on sait que Louise Barbe fréquenta le salon des Lesseps avenue Montaigne (Dubois).

Une chose semble acquise :

Après avoir reçu Fulcanelli à La Rose du Ciel (Marseille, rue Sainte), Hippolyte Ebrard reste en contact avec des proches de l'alchimiste.

On comprend mieux, dès lors, ces extraits de La Grande Espérance d'Ebard, qui font étonnement écho aux propos que Fulcanelli avait projeté de publier in son Finis Gloriae Mundi :

Toutes ces idéologies ont prétendu à l’amélioration sociale sous le mensonge d’un mot : le progrès. Mais chaque peuple portait en lui un virus qui l’a paralysé et a empêché son développement moral vers une unité spirituelle du Monde. Le héros de La Grande Espérance prône le ralliement effectif et cohérent de toutes les églises chrétiennes, des chefs religieux musulmans et hindous ; ainsi que celui des loges maçonniques de tous les pays.

On sait aussi que Champagne accompagna Fulcanelli à Marseille durant la première guerre mondiale. Le peintre y réalise la planche 1 du Mystère des Cathédrales : la Vierge noire de Saint-Victor. Il n'avait que la rue à traverser pour se trouver à la Rose du Ciel ; il serait surprenant qu'il s'en soit privé !

Christophe de Cène, asteria @ aliceadsl.fr (copiez sans les espaces pour écrire).

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Lire aussi : www.fulcanelli.info

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